« L’ île enchantée par le chant de la lune » Poèmes de Giovanni Teresi

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L’amour a le visage du paysage, de sorte que celui-ci est l”autre” face du premier, les deux n’étant que la “même”  identité. Au fond ce n’est que la “racine indentitaire” à donner le sens qui autrement serait perdu; c’est “ce” sens qui engloble la “totalité” qui autrement resterait fragmentaire.

Le toi féminin n’est pas la femme, ou il est possible qu’il le soit dans un ordre inférieur, elle est la Femme, mais en tant que Femme elle devient la révélation du paysage sous sa forme de Beauté. En elle le poète ramène et concentre toutes les couleurs de la saison la plus belle, car le temps et l’espace ne sont uniquement pas la contingence d’un “il y a lieu de…”.

La simple répétition ne donne aucune mesure, étant donné que la Beauté, vécue par le poète comme Eternelle Eclosion, ne peut revêtir aucune forme sémantique. Autre chose est le Sens, autre chose est l’expression sémantique: quand bien même le poète indiquerait des signes, qui restent significatifs pour lui, sa recherche n’épuiserait jamais le Sens, car le Sens, par-delà même la perception prétendument consciente du poète, est toujours une Apothèose ou une Théophanie: le Sens est habité par les Dieux. Et cela convient tout particulièrement au paysage dont il est question ici: car il laisse suinter de par tous les interstices l’enracinement méditerranéen.

Les fruits, la fleur, les pots à fleur, les odeurs printanières, l’amour, le toi féminin, sont les Signes Suréminents de ce paysage dont la valeur n’est nullement donnée par les Signes eux-mêmes.

Le Sens est l’Identique que revêtent les mille faces changeantes: mais sur ce plan nous ne touchons encore que l’extérieur de ce qui est au-delà de la pure tangibilité. La définition n’est jamais adéquate à la donnée, si la donnée n’a justement aucune mesure. Le paysage ne s’offre pas en donnée, mais en symboles. Sous la forme la plus anodine le poète chante les objets les plus coutumiers, les plus habituels, c’est-à-dire il met en scène lyriquement les Signes.

Cependant, et contre toute apparence et contre la conscience qui se veut elle- même, la caractéristique du signe est le Renvoi, c’est-à-dire il est là non pour refléter autre chose, comme dans le jeu du miroir, mais pour révéler le Sens qui habite le paysage. Le Sens n’est donc pas au bout de la constatation immédiate: c’est au contraire l’appréhension qui est au bout du parcours pédagogique, comme si par les jalons laissés par l’acheminement inconscient on chercherait à re-construire un éventuel tracé dont le tissage ne revient qu’à l’œuvre du chercheur.

Le verbe “revenir” est très expressif, car l’œuvre ne relève pas de la sensibilité (il suffirait de toucher et de voir pour savourer…) mais de la densité culturelle du sujet qui saisit ce qui est au-delà de la tangibilité, même heureuse et porteuse d’une signification en soi.

La Densité, c’est l’Etre: il n’y a que l’être qui se rencontre, mais hélas désormais il ne rencontre  soi que sous la houlette de l’Appréhension dont le vecteur nourricier est le Dépôt Historique, lequel – disons – le immédiatement-n’a rien à voir avec la topologie documentaliste (les Archives) ni avec la topographie tatillonne érudite. Le Dépôt Historique est d’abord ce que Paul Ricœur appelle “mémoire”, c’est à-dire tissu organique par lequel l’individu, à savoir cet individu-ci, s’inscrit dans la trame, à savoir cette trame-ci, de son paysage à lui. Parce qu’il est à lui et à nul autre, si bien que l’un et l’autre (le paysage) se révélent dans la Même Identité.

Or, le poète Teresi est le porteur inconscient de la TERRA FELIX et il n’a pas besoin de savoir que le paysage qu’il chante est ETERNELLEMENT habité par les Dieux. Ce qu’il dit dans un poème intitulé “Désolation” dans un autre recueil, où il met en scène les statues “immobiles” des Dieux qui parlent malgré tout contre la désolation. L’oubli, par ailleurs, est la “forme” du devenir, et il ne peut jamais entamer le “contenu” des choses, lesquelles ne se donnent jamais que sous leur périmètre historique et spatial. Mais ce “contenu” est justement épiphanique: les relais qu’il pose en soi sont les liens morphologiques, non de telle out elle identité, mais de “son” identité spécifique. Ainsi l’olivier, le vignoble, le village, les saisons, les émotions dérivés de cet ensemble spatial, ne sont que la révélation de l’intimité du paysage chanté, laquelle ne s’offre en “image charnelle” qu’au cœur sensible du poète et par contre reste cachée aux regards habitués à la “répétition”. Le contenu des objets est la réalité elle-même, sans l’ajout d’aucune subjectivité; si subjectivité il y a, c’est la tonalité nostalgique, par laquelle l’objet devient trace et témoignages “enrichis” du passage du temps. Cette richesse n’est pas telle ou telle circonstance liée à l’objet, c’est au contraire l’objet en tant qu’objet qui se dépose émotivement, perceptivement, sentimentalement dans la profondeur du cœur, qui par là même devient écrin.

Précisément les milliers de fils constitués par les éléments se recomposent, au bout du regard errant, dans la délicatesse de l’écrin où les fils perdus et erratiques ne sont pas jetés au hasard des impulsions mais ordonnés d’après la nécessité symétrique. Cela signifie tout d’abord que l’émotion, seul moyen dont dispose le poète pour dire sa parole sur son paysage, n’est pas désordre ni empressement cahotique, ce qui arrive quand on se laisse entraîner par l’irruption incontrôlable de la sensibilité enfiévrée.

Par contre, étant donné que la poésie est le seul moyen de vivre avec délicatesse son rapport avec son identité qu’est le paysage natal méditerranéen, l’expression du poète est émotivement reposante et reposée, sans être détachée ni descriptivement indifférente. C’est dire que d’avance et d’abord le moi du poète est REGARDÉ et SOLLICITÉ par le paysage, dont l’âme affleure et émerge dans le Kairόs. C’est dire que “ce” paysage, dont l’identité est la Méditerranéité, est

LE SEUL QUI RESTE A DIRE LA PAROLE DES DIEUX. Or, cette parole est RIANTE, sans que cela exprime n’importe quelle connotation ou dénotation subjective; riante ne signifiant qu’ouverte. Ce paysage est le RETOUR Á LA LOCALITÉ heideggérienne: non que l’homme voie et se souvienne, mais qu’il est SOLLICITÉ INCESSAMMENT par lui de manière à replacer son moi égaré et perdu dans le byrinthe cahotique de ses errances folles et démesurées. Il va sans dire que le καιρός  est absolument VISION ETHIQUE: il S’OUVRE  Comme Dimension Sans Limites dont le caractère fondamental est l’ACCUEIL. Or, cet accueil ne comporte pas de définition anthropologique, même s’il l’englobe. L’accueil, c’est la CLAIRIÈRE: là, dans l’ouverture maximale, tout élément est en soi “présence sacrée” par excellence, et donc  “ appel perpétuel”.

La terminologie poétique de M. Teresi (couleurs, saveurs, objectivation iconique et phonique) en est la plus haute résonance inconsciente, dans ce sens qu’il rapporte, transpose et dépose sans être le plus souvent conscient de la signification ultime du ressort de son initiative poétique, apparemment se retrouvant dans la retranscription d’un sens familier et familial (tel que l’attachement sentimental). De ce fait même, il n’y a pas jusqu’aux images “charnelles”, qui s’imposent d’elles-mêmes à la vue familière relevant par la force des choses de la répétition des habitudes, qui ne renvoient à un écho profond se manifestant à travers la “lettre dure et opaque”: on fait ici allusion au mythe. A tout considérer, et bien que le texte qui s’offre soit susceptible de plusieurs approches, ne serait-il pas possible d’apercevoir sur le fond, après avoir franchi la toute première barrière faite d’étoiles, soupirs, odeurs, saisons, lune, soleil, fruits, émotions, justement sur le fond inaperçu par l’auteur lui-même, la nostalgie mythique englobant saveurs, odeurs et mystères? Ainsi par les rues, sous la lumière de la lune et les rayons ardents du soleil, les Grecs de Sicile s’adonnaient, par un temps sacré correspondant aux “émotions d’automne” chantées par le poète, en rangs révérenciels, aux longues et exténuantes marches au cours desquelles, sous forme de procession commémorative et lustrale, était transportée la statue de la Déesse Athéna jusqu’à la mer où Elle était déshabillée de vieux habits et revêtue de nouveaux. C’était alors qu’on se laissait imprégner des odeurs enivrantes et fraîches de la Nature dont le respect religieux était avant tout souligné par le culte citadin et la célébration cosmique des Fêtes Panathénéennes, lesquelles ne suffoquaient pas par ailleurs la joie fiévreuse des corybantes, car la Nature est en même temps Raison et Passion, Amour et Ordre, Harmonie et Instinct. C’est ce que dit M. Teresi, mais sa “grammaire” est poétique et ses mots, même nostalgiques, ne dépassent pas le rythme qui lui est adéquat, celui des sentiments nés de l’observation immédiate et tangible. Cependant la contrée qu’il chante et au sujet de laquelle il ne parvient pas à aller au-delà de l’”harmonie grammaticale”, inclut aussi et surtout une valeur syntaxique, quoique cette pénétration ne dépende en définitive que d’une Double Lecture dont est capable celui qui n’est pas étranger à la Doctrine des Archétypes. Puisque l’écho poétique est par bonheur infini, le seuil grammatical auquel s’arrête M. Teresi est l’un d’infiniment autres, c’est pouquoi son Hymne au Soleil, entièrement physique, ne dédaigne pas de côtoyer l’Hymne au Soleil de Julien l’Empereur, absolument et méthaphysiquement “graduel” par rapport à l’Archétype matériel et spirituel, les deux somme toute n’étant que l’Identité de notre contrée Méditerranéenne.

De prime abord le jeu de mots, qui est une complaisance humaniste, ne se départ pas du jeu de chaises musicales, et la complicité au niveau “grammatical” qu’atteint le poète est précisément solidaire, car la musique n’est après tout que jeu de notes. La séduction comme traduction, par contre, est née d’un niveau ultérieur, qui est dans ce cas “conscience avertie” du dépassement nécessaire et absolument étranger à l’auteur qui est porté à saisir la tentation d’Ulysse séduit par les sirènes à l’instar d’un phénomène psychologique.

Mais la traduction présente se veut, davantage encore que séduction épidermique et complaisante, obéissance à une lecture “primaire” qui pour l’auteur ne demeure que l’une d’entre les possibles ou telle qu’elle porte le sceau d’une non-entité, (l’entité étant le TÍS TÍ ? aristotélicien) la seule demeure possible étant la nudité du sentiment poétique résonnant à partir de la perception immédiate de son objet tangible. Pour s’exprimer  en toute sincérité, le travail présent n’a nullement été motivé que par l’écho dans un monde culturel suscité par les promenades iconiques et sémantiques suggérées par la plume de l’auteur.

Parle-moi, lune

 Que vois-tu d’en haut

par-delà ton nez, avec tes petits yeux ?

Tu souris toujours au monde,

depuis toujours ton ami,

ou bien tes minces lèvres

cachent-elles une timide, fière jalousie ?

Lune, parle-moi de tes aurores,

de tes ombres, de tes couleurs.

Parle –moi, lune…

Pourquoi si tu détournes ton visage

t’assombris-tu dans l’obscurité ?

La lumière de ton visage éclaire la nature,

les vagues et…

l’haleine agitant les marées.

Parle-moi, lune…

Pourquoi lointaine et si belle

nous rends-tu amoureux ?

Où vas-tu… ? parmi les nuages

ne te cache pas !

Dans le silence tu regardes les étoiles, le vide…

Apporte-moi des nouvelles d’autres mondes… !

Dans la nuit parle-moi, sous la douce lumière,

au milieu des branches nues et sur les tuiles endormies,

depuis le chant primordial à la naissance du temps.

Chante-moi de douces notes harmonieuses er belles,

à mon cœur qui désire de tendres baisers

et des poèmes rimés.

 

Seuls dans l’univers?

Seuls dans l’univers:

dans l’attente des événements uniques de la planète?

La terre tourne dans l’atmosphère

et  pèse le temps parmi les splendides comètes.

La lumière du soleil court dans l’infini

et caresse les astres.

On entend un silence

qui  tresse, coud le rythme des jours

en rubans colorés

pareils à la palette de l’arc-en-ciel

se reflétant dans la mer saumâtre.

Unique, paradisiaque monde…

en des temps néfastes.

La vie est belle, précieuse:

ne doit-on aimer, protéger

non moins que les êtres, la totalité?

Seuls dans l’univers:

que cependant le Démiurge créa-t-il?

Seuls, et non moins nombreux,

parmi l’étendue des grains de sable et de sel?

 “Ou-topos”

Astre azuré!

Tu ne tiens que dans une paume

et pourtant tu es traîné dans une orbite primaire…

Se déversent les océans

qui éteignent le feu de rage

sur les sables des déserts.

Tu es placé sur des pentes imaginaires

dans une élégante sphère de cristal

roulant dans le vide.

Tout s’engouffre dans une mer sans fond…

la robuste lumière prévaut

puissante sur le néant.

Une irrésible voix retentissante

indique la voix du destin .

L’écho répète l’appel

et les nuages, les monts,

les eaux reprennent

leur chemin.

Les hommes parlent

la même langue…

Ainsi étonnés ils se crient:

“Rien que la couleur de la peau est restée!

Sommes -nous toujours sur la Terre?”

Soudain cette main

s’éloigne tout doucement,

un sifflement de voix souffle:

“Vous êtes dans une nouvelle vie!

A jeûne et nus, courez!

ne regardez pas le passé!

Les armes

ni non plus vos machines

ne vous entraînent avec ambition

et votre hypocrisie.

Le monde d’en face est bien propre!

Recommencez, sans vous tourner!

Un arc est dessiné

en couleurs sans nombre

dans le fond azuré du ciel

où la lune, les étoiles fixes

regardent ailleurs.

         

                                            Giovanni TERESI

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