La grande tradition des Muses – Lyriques de Giovanni TERESI

http://www.istitalianodicultura.org/it/attivita-istituto/ici-edizioni/35-catalogo-ici-edizioni.html
POURQUOI PROPOSE-T-ON-

UNE VERSION EN FRANÇAIS ?

Par une exigence de délicatesse (on peut parapher en sens inverse le Poète et dire qu’aujourd’hui le « saeculum perversum » a fini par tuer la vie par trop d’indélicatesse). En fait, délicatesse, c’est musicalité.

Or, le codex gallicus est parmi les modernes « codices » l’apex qui ait réussi à atteindre le « summum » de la plus pure et de la plus cristalline tendance à la polyphonie. Ce parce qu’il s’est enraciné dans cette « région » qui pour les Anciens était le siège de la véritable vie de l’homme, le cœur. Quand on parle du cœur, on parle de tradition, au sens que le langage du cœur est traditionnellement le vecteur des racines humaines, précisément de ce qui enracine l’homme dans le sens de la vie. Le codex gallicus a su réaliser dès le début le mélange le plus extraordinaire de polyphonie (et donc d’esprit classique) et de tradition : c’est ainsi que naît la Renaissance : la langue des Muses de Ronsard.

Il est bien évident que cette langue ne qualifie pas toute seule le codex gallicus ; précisément la philosophie médiévale, la « res structurans » des clercs (clerici vagantes), aboutit horizontalement à l’aptitude cartésienne. Mais cette « aptitudo » est décidément a latere, car la tendance naturelle du codex penche avec force et énergie vers la respiration « cardiaque » avec l’atmosphère qu’elle comporte. Un exemple clairement évident de cela est le climax de la littérature du XIXeme siècle, et, lorsque le XXeme siècle perfectionne l’autre chemin complémentaire qu’est le roman, ce dernier ressentira la très vive nécessité de puiser inspiration, outils et forme dans l’atmosphère cardiaque élevée à « catégorie aristotélicienne » par le perfectionnisme des « maîtres du cœur ».

La musicalité n’est pas uniquement question philologique : bien entendu, le « bassin de convergence » des débuts a été la « terra ferax »  dans laquelle et grâce à laquelle l’excédent de la disphtongaison a ouvert le chemin à la concrétisation polyphonique en tant que caractère spécifique du codex. Ce qui ne suffit évidemment pas (autrement l’usage linguistique ne serait que l’aboutissement de la manipulation quotidienne menant nécessairement à la « deformatio »), il faut surtout focaliser l’apport du « collant » psychologique. Ce qui signifie que la tendance psychologique élabore et perfectionne ce qui a pu arriver d’une façon accidentelle (aggregatio codicum au début des temps linguistiques). C’est précisément cette tendance psychologique qui a donné l’empreinte polyphonique au codex gallicus le long des siècles.

Non inutilement par ailleurs, car la musicalité s’est très tôt combinée avec la tendance à se fairtradition ; et en cela le codex gallicus s’est révélé l’héritier de l’esprit classique, c’est-à-dire des Muses, dont le culte était profondément enraciné dans les cœurs-esprits des poètes classiques, grecs et latins). Alors que Hugo exaltait « l’incipit » du progrès, Verhaeren, un poète du début du XXeme siècle, non seuelment exprimait sa tristesse pour les conditions misérables de l’ouvrier brutalisé et abruti par un travail inhumain mais il remarquait aussi avec douleur que les « villes s’exhument des brumes » orientées vers cette « plénitude » que nous tous connaissons aujoud’hui.

« Plénitude » qui rime avec « vide », condition générale et donc «  pathologique » par rapport à laperception du poète qui sent d’une façon aigüe consonances et assonances à travers lesquelles se déploie nécessairement l’univers sémantique. C’est précisément  cela qui est arrivé au codex gallicus qui, dans son « fastigium maximum », est devenu creuset où se mêlent aussi bien des morphèmes que des sémantèmes. Et cela n’est pas évident comme pour tout autre « assemblage » linguistique. Dans le codex gallicus la forme qui est musique se conjugue merveilleusement avec le contenu, au point de donner naissance au λόγος μουσικός, à une structure qui tout d’abord se présente sous forme d’échelle musicale et de concordance phonique.

Le succès de la poèsie du XVIIIeme siècle doit être perçu comme « passage » (entendu ici dans le sens freudien de transfert) d’un « schéma expressif » en tant que « modalité permanente » déjà fixée et établie chez les poètes médiévaux  tels, entre autres, Chistine de Pisan et Villon. Ce schéma, noyau polyphonique, peut se définir non tant comme processus sémantisant que comme forme expressive, et en tant que telle mise en place d’une condensation plastico-émotive.

Il est bien évident que tout cela spécifie d’une façon universelle et tout d’abord l’essence du poète, même si l’on ne veut pas tenir compte du codex utilisé. Mais ce qu’il faut dire à propos du codex gallicus, c’est que cette identité s’est tout de suite manifestée dès les débuts comme « sub-stantia » de son « essence linguistique ». Donc ce n’est pas l’artifice qui résulte de ces vers, mais l’ « instance » de la combinaison harmonieuse entre « essence » et « technique » (recherche consciente des mots) :

Le seul bien qui me resta au monde

est d’avoir quelquefois pleuré.

Il en découle une donnée, l’ essence linguistique, résultant d’une « instance » (in re) qui est « substance » sertie d’harmonie et de contenu, essentiellement « sub-stantia » logico-expressive, phonico-sémantique, « assemblage primordial » profondément ouvert à toute évocation ou à toute résonance. Comment par ailleurs distinguer les sons d’avec les contenus dans ces vers de Hugo :

O souvenirs ! printemps ! aurore !

Doux rayon triste et réchauffant !

-Lorsqu’elle était petite encore,

Que sa sœur était tout enfant… ?

Et encore :

Maintenant que je puis, assis au bord des ondes,

Emu par ce superbe et tranquille horizon,

Examiner en moi les vérités profondes…

L’œil et l’oreille attentifs parviennent à y découvrir et à y apercevoir une intensité musicale qui se cache dans la solide structure sémantique. Cette combinaison n’est exclusivement pas propre au génie gallicus ; d’autres domaines linguistiques se sont élevés à de pareils sommets. Si on considère, entre autre, l’effort accompli par Hölderlin on voit qu’on a encore chez lui une inspiration qui ressort de son œuvre comme jaillissement pur et mélodieux, mais la beauté architecturale de sa poésie ressemble plus à une cathédrale de stalagmites cristallines reflétant le lieu céleste des Dieux qu’à un paysage ensoleillé où Pan répand les accords de sa lyre amoureuse. Ce qui compte, c’est la musique : plus que toute autre chose on saisit d’emblée ces accords dans le codex gallicus qui, grâce à la combinaison faite de consonances et d’assonances (mais cela ne dépend bien entendu que du bon musicien), réussit à se répandre dans, pour employer une expression heideggerienne, la « clairière de l’être ». Précisément clairière se conjugue avec luminosité, donc avec harmonie. C’est bien cela le point essentiel du codex gallicus : avant même d’exprimer un système de signes signifiants, il a assumé une « image sonore et mélodieuse » : d’où le besoin incontournable du Parnasse et le glissement vers le décadentisme et le surréalisme (il faut se rappeler que Breton n’a jamais entrepris d’actes destructeurs contre le « transfert historico-linguistique), alors que dans d’autres domaines linguistiques on est de justesse parvenu à exprimer tout simplement une exigence esthétique débouchant sur le néoclassicisme. Prenons, par exemple, le cas italien de Gabriel D’Annunzio : sa prose est recherche de pureté plastique sur fond de splendeur marmoréenne- apollinienne.

Cependant, ce n’est rien d’autre que de la sculpture, une complaisance esthético-ornementale précisément enrichie d’entailles et de cannelures. La tentative ou, pour mieux dire, le « retour » parnassien est tout à fait autre, parce qu’il est fondamentale exigence musicale, sélection de notes musicales sur lesquelles édifier de puissants styles architecturaux. C’est précisément l’atmosphère poético-musicale de Leconte de Lisle : laquelle n’est pas uniquement du jeu esthétique, mais bien plutôt « disciplina mentis et studii ». Il ne faut jamais l’oublier : il est vrai que l’harmonie est la « compositio oppositorum » héraclitéenne, mais elle est aussi et surtout « conscience et acquisition ». Ces derniers termes définissent « passage », « transport », continu et vigoureux « re-apprentissage », bref patrimoine historico-culturel.

A cela s’oppose décidément le modernisme qui a fini par provoquer un séisme irréparable non seulement dans le domaine philosophico-religieux mais aussi dans le domaine littéraire : destruction entière d’une époque précisément.

Lorsque la langue se détache du « Passé » il advient la mort, la déchéance, le « pro-gressus insanus » : elle devient « vox quae clamat in deserto ». C’est ce à quoi nous assistons aujourd’hui sans aucune défense :une cacophonie aberrante et omniprésente, absolument destructrice de toute qualité intérieure (s’il en est encore), du nécessaire et salutaire rappel de l’être.

Il n’y a pas de mesure commune avec la démarche de la Pléiade du XVIeme siècle qui, en face de la cacophonie barbare (au fond la naissance d’une langue est-elle toujours une émission de voix assourdissantes et grossières), assoiffée de lumière et de connaissance, se  tourna vers la Grande Tradition des Muses. Aujourd’hui, vers qui ou quoi l’homme moderne se tourne-t-il ? Il paraît (heureusement que c’est une apparence) qu’une barrière a été élevée entre l’inexistence de l’homme moderne et cette Grande  Tradition. Après tout, Ronsard n’est-il qu’un barbare moderne qui, à l’instar de Dante, est aux prises avec le « sermo vulgaris » et avec un monde dont il ignore douloureusement l’horizon lointain. Pourtant, sa poésie n’est pas grossière, de même qu’il est impossible de définir ainsi la prose rabelaisienne, précisément parce qu’ils puisent « ailleurs » leurs outils « opérationnels ». Nihil novi sub sole : à la condition que l’on sache se tourner à temps, le regard humble et religieux, avec conscience « ré-gressive », vers les Divines Muses. Est-il nécessaire de rappeler que, d’après les Anciens, « cultus facit Deos » ? On peut saisir cet écho évocatoire qui est aussi une invitation dans ces vers de Hugo :

Maintenant que Paris, ses pavés et ses marbres,

Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux ;

Maintenant que je suis sous les branches des arbres,

Et que je puis songer à la beauté des cieux…. (A Villequier).

La tentative de « transfert » linguistique (il ne vaut pas même la peine de parler de traduction) n’a aucune prétention ni aucune visée, et par conséquent elle n’entame ni la valeur de l’œuvre de l’auteur ni ne diminue l’essence de la langue dans laquelle est transféré le contenu du « codex primarius ». Pourquoi alors cette version plutôt que d’autres versions ? D’abord on a voulu déposer par cet acte une très modeste offrande sur l’autel des Muses, ensuite parce que, comme on l’a dit plus  haut, les Muses se conjuguent avec la tradition : or, la poésie de l’auteur est entièrement « traditionnelle » dans la mesure où il épouse l’essence de la vie. À partir de cette constatation, dans quelle autre langue peut-on conjuguer d’une façon évocatoire Muses et tradition cardiaque si ce n’est justement dans la langue française ? C’est pourquoi cette tentative ne veut être que l’effet et la conséquence de l’amour de ce génie linguistique dont l’essence même est la musique. Et c’est bien cet amour qui seul peut justifier les défauts grossiers pouvant obscurcir la substance naturelle et légitime de l’auteur. ( Préface de Gioacchino Grupposo)

 

Poète

Peintre de l’âme, des sentiments.

Voyageur  dans les rêves, dans la fantaisie.

Interprète de la nature entière et des gens.

Producteur de mots, d’amour en poésie.

Artiste non en marbre, mais en grès.

Jongleur de l’esprit et de la vie.

Immortel dans son œuvre :  qui est son but.

La nìssance d’Aphrodite

C’était l’aurore rayonnante du printemps

la terre souriait et parmi les frondaisons

le zéphyr soufflait léger vers le soir.

La mer, d’un lent mouvement des vagues,

caressait les côtes de Cythère.

Dans une coquille baisée par le soleil

se berçait, comme dans un char royal,

une déesse fille de Zeus.

« Aphrodite ! sur la mer bleue salée 

avec les tritons et les dauphins ! » dit Zeus

/s’approchant de la rive.

Ainsi Aphrodite, d’un joli mouvement de tête,

fit tomber l’eau de ses cheveux,

/sauta majestueuse.

Sur ses pas s’apaisa la mer fougueuse.

Roses et herbes jaillirent sur sa marche gracieuse.

Elle réjouit tout l’Olympe, ce jour-là rayonnant,

et les mottes bourgeonnèrent à son souffle délicat.

Rêve et réalité

 

Marcher le long de la plage

pieds nus sur le sable blanc,

jusqu’au point où les cailloux figés et labourés

par les vagues suggèrent le temps passé.

C’est de la nature, c’est de l’art, la vision

du coucher sur la mer ;

unique dans la peinture des lumières

/et des nues.

Courir sur les cailloux colorés

et de cristal pendant quelque temps…

jusqu’au point où le mont se reflète

impénétrable dans le golfe.

Sentir le va – et – vient des vagues,

des ailes des mouettes et l’odeur du sel.

Vivre le présent dans cette île

enchantée et prisonnière du temps.

S’arrêter un instant

à imaginer les combats des Grecs,

des Phéniciens, regarder l’horizon…

et la clepsydre posée au bout du voyage.

Le présent est un tableau à restaurer,

un paysage à recréer

vivre la salutaire odeur des algues

et le vert de la campagne.

Les gros pins abritent les tombeaux,

Les mosaïques romaines

/et les combats d’animaux,

les guerriers et la Trinacrie qui danse, mais…

la clepsydre se renverse en un rêve

chassé par le bruit d’un ordinateur.

 

Lumières dans le désert

Quand la chaleur s’exhale

des falaises de sable jaune

et que le sirocco tournoie furieux

entre les nuages poussiéreux,

tout tombe sons le joug de la solitude.

Soudain un orage

déplace les falaises,

l’horizon s’obscurcit,

la terre tourne égale

sur elle-même.

Des silhouettes se dégagent…

L’épineux cactus

dont les longs bras

s’élancent en haut

demandant de l’aide,

indiquant l’omnipotence,

marquant l’unique présence.

Le vent domine la nature

dans le silence du désert.

L’âme se mêle alors

avec les racines du doute

au paysage solitaire.

Nul autre être

ne se manifeste dans l’air tremblant

percé par les rayons du soleil.

Et quand, au soir, l’unique

chaud guide se couche et disparaît,

sitôt le froid envahit

les membres fatigués…

Il n’est qu’une voie

s’ouvrant aux yeux,

le ciel étoilé.

L’âme s’élève alors

vers le tapis brodé

en cherchant dans la lumière

du désert, la vérité

et son chemin.

                                              Giovanni Teresi

 

  Lo specchio Oscuro – Edizioni dell’Istituto Italiano di Cultura di Napoli

 

 

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